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Stress

 

 L’idée du dualisme qui distingue le corps et l’esprit remonte à l’antiquité. Le christianisme, largement influencé par Platon, a renforcé cette idée, en établissant une nette dichotomie entre le corps impur, sujet au péché, et l’âme pure qui doit le transcender. Aujourd’hui encore, peu de gens parviennent à penser que le corps et l’esprit sont liés et totalement interdépendants, en fait incapables d’existence l’un sans l’autre.

Il a fallu attendre le récent développement des neurosciences, pour comprendre que l’esprit, en fait l’activité mentale – notamment les sensations, la mémoire, les émotions, la conscience, les sentiments, la pensée – est le produit de notre cerveau et des mécanismes neurochimiques qui président à son fonctionnement.

 

En revanche, l’idée que les maladies physiques peuvent être la conséquence de l’activité cérébrale est beaucoup plus ancienne. Hippocrate déjà le pensait et la tradition médicale n’a jamais mis en doute cette affirmation. Aujourd’hui cette idée est très à la mode, elle plaît au public et les médias ne se privent pas de la relancer régulièrement, avec raison d’ailleurs.

 

Le lien entre l’esprit et le corps est bien illustré par le syndrome de stress, c’est à dire la réponse du corps à une situation extérieure de danger ou d’agression. Cette réponse s’articule sur l’ensemble de l’organisme. C’est une réaction biologiquement très ancienne, puisque les premiers vertébrés la présentent déjà, sous une forme simplifiée. Elle permet à l’animal de mettre très rapidement, « instinctivement », son corps dans une situation de défense. Chez l’homme, la réaction de stress survient, de la même manière que chez l’animal, dans les situations critiques qui requièrent une réaction rapide. Pourtant elle survient aussi dans des situations biologiquement moins critiques, en particulier sous l’effet des émotions [Emotions] et des sentiments élaborés par l’activité mentale.

 

Or les instincts, comme les émotions, sont gérés par une partie ancienne de notre cerveau, le système limbique, qui était déjà très performant chez nos ancêtres les poissons et les reptiles [Système limbique]. Un centre du système limbique, l’amygdale, gère les réactions physiques caractéristiques des émotions. Grâce à un important réseau de fibres nerveuses, l’amygdale est connectée avec les centres nerveux de l’hypothalamus, un organe cérébral plus ancien que le système limbique, localisé juste sous lui dans le cerveau. L’hypothalamus contient les centres régulateurs des organes du corps par le biais du système neuro-végétatif. C’est lui qui fait fonctionner harmonieusement les organes, chez les premiers vertébrés comme chez l’homme. Chez l’homme, l’hypothalamus garde cette importante fonction régulatrice, mais il le fait en collaboration avec les parties supérieures et plus récentes du cerveau. De même que le système limbique s’est adapté pour collaborer avec le néocortex, l’hypothalamus s’est adapté pour collaborer avec le système limbique. L’action de l’hypothalamus se fait par la voie neurologique, mais surtout par la sécrétion d’hormones qui agissent à distance.

 

En cas de stress, l’amygdale stimule la sécrétion par des neurones de l’hypothalamus d’une substance, le CRH (Corticotropin-Releasing Hormone), qui est conduite par le courant sanguin local jusqu'à l’hypophyse, une glande endocrine située sous le cerveau. Le CRH stimule dans l’hypophyse la sécrétion d’une autre hormone, l’ACTH (Adreno-CorticoTropic Hormone), qui passe dans la circulation sanguine et dont le rôle est de stimuler la sécrétion par la glande surrénale d’une autre hormone, le cortisol.

 

Le cortisol est l’hormone clé de la réponse au stress. Il provoque une accélération du rythme cardiaque, il sensibilise les vaisseaux à l’action de l’adrénaline, ce qui induit une vasoconstriction périphérique, avec pâleur et sensation de frisson. Il a d’autres actions métaboliques qui contribuent à préparer l’organisme à faire face au stress, notamment de mettre à sa disposition davantage de glucose. Le cortisol, comme le CRH agissent aussi sur l’appareil immunitaire et sont de puissants anti-inflammatoires.

 

Les neurones qui sécrètent le CRH sont en connexion avec les centres du tronc cérébral responsables de la régulation du système neuro-végétatif, qui règle l’activité des viscères. En cas de stress, le système sympathique est stimulé, ce qui permet la mise en condition de l’ensemble des organes destinés à l’affronter : les activités de veille, telles que l’attention, la réceptivité au monde extérieur, la force musculaire, sont stimulées ; à l’inverse, les activités de repos telles que le sommeil, la faim, l’activité sexuelle sont inhibées.

 

Le cortisol freine la sécrétion du CRH, ce qui permet l’atténuation du processus de stress, par une autorégulation qui se fait automatiquement. Ce phénomène, le feed-back, se retrouve dans tous les processus hormonaux et joue un rôle important dans le maintien de l’équilibre de l’organisme.

 

Le stress est donc un phénomène biologique très important qui permet à l’organisme de se mettre en état de défense et de préserver son intégrité lorsqu’il est agressé. C’est grâce à une réaction de stress que l’animal réussit à échapper aux dangers, notamment aux prédateurs qui l’attaquent. Chez l’homme aussi, le stress permet de rassembler rapidement les fonctions nécessaires à la défense. Dans ce sens, le stress est bénéfique et il contribue pour une large part à la survie des individus. Pourtant, chez l’homme, le stress est souvent une réaction inappropriée et excessive induite par la tension psychologique inhérente à la vie en société. Dans ce sens le stress est souvent considéré comme un mal, comme une « maladie de civilisation ».

 

Le stress décrit ici est un cas particulier des processus émotionnels. Il constitue une voie commune de mise en alerte de l’organisme, auquel il permet d’affronter une agression, quelle qu’elle soit – psychologique, par le biais du système limbique, infectieuse, traumatique ou autre. Le stress fait intervenir l’ensemble de l’organisme, y compris le système immunitaire. Ainsi le stress psychologique peut-il avoir des répercussions physiques importantes, notamment d’augmenter la sensibilité aux infections virales et bactériennes. A l’inverse le repos et la relaxation peuvent améliorer la résistance de l’organisme.

 

Le stress chronique, en particulier tel qu’il est imposé aux enfants par une éducation mal conduite, contribue vraisemblablement à la genèse des dépressions, qui surviennent plus tard chez l’adulte.

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