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Sang |
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Il y a un milliard d’années, les cellules vivantes, qui se trouvaient jusque là isolées dans leur milieu ambiant, ont commencé à se grouper, à se spécialiser pour former des êtres pluricellulaires et accomplir des fonctions spécifiques différentes. Il leur fallait, au sein de chaque organisme, un moyen de communiquer entre elles, pour coordonner leur organisation, pour accomplir leur nutrition et leur respiration. Chez les premiers êtres animaux, cette fonction était assurée par une cavité – la cavité gastrovasculaire –, qui contenait un liquide, filtré à partir du milieu extérieur aqueux, et qui baignait les cellules de tout l’organisme. Dans la longue histoire de la vie, ce sont les vers plats qui ont inauguré, il y a six cent millions d’années, un système vasculaire fermé, constitué de vaisseaux contenant le sang qui baigne de manière bien organisée tous les tissus de l’organisme. Ce progrès a été d’une importance déterminante : c’est lui qui a rendu possible le développement spécialisé de nombreux organes, tels que ceux qui constituent l’être humain. L’importance du sang et de l’appareil cardio-vasculaire qui le transporte dans l’organisme tient à cette fonction de coordination, de transport des aliments et des déchets. Le sang y est impliqué, grâce à ses différents constituants, qui en font un liquide complexe :
Le plasma est le liquide où sont dissoutes de nombreuses substances – glucose, lipides, protéines, vitamines, sels minéraux – qu’il véhicule de l’intestin où elles sont absorbées, à toutes les cellules de l’organisme qui s’en nourrissent. Il contient aussi le gaz carbonique, déchet de métabolisme éliminé par les poumons. Le sang véhicule enfin des hormones, sécrétées par les glandes endocrines et le système nerveux, qui ont une action régulatrice sur les différents organes du corps ; des facteurs de la coagulation qui permettent l’arrêt des hémorragies en cas d’effraction des vaisseaux ; des anticorps qui participent à la défense immunitaire ; et bien d’autres encore.
Les globules rouges transportent l’oxygène des poumons vers les cellules des tissus et organes. Les globules blancs assurent la défense immunitaire contre les microbes et les substances étrangères à l’organisme. Les plaquettes participent au processus de coagulation en cas d’effraction du système vasculaire.
Le sang est contenu dans un réseau vasculaire fermé, dont la seule raison d’être est de le faire parvenir de façon efficace à toutes les cellules de l’organisme. Le cœur le pompe dans les artères, toujours plus fines, qui aboutissent aux capillaires. C’est là que se produisent les échanges entre le sang et les tissus, grâce aux propriétés de filtration sélective de la paroi des capillaires. Le sang est ensuite ramené au cœur par un réseau de veines toujours plus grosses.
Le poumon charge les globules rouges de l’oxygène indispensable à la respiration cellulaire, et libère le sang du gaz carbonique, produit de déchet du métabolisme cellulaire. Sa raison d’être est de régénérer constamment le sang en maintenant constante sa concentration de ces deux gaz. Pour augmenter l’efficacité de ce processus, il existe deux circulations, la grande et la petite, chargées respectivement de la vascularisation des organes du corps et du passage à travers les poumons où le sang est mis au contact de l’air ambiant.
Le sang est donc le lieu où se réalise l’homéostasie, l’équilibre entre les différents milieux qui composent l’organisme. C’est un liquide extraordinairement sophistiqué, irremplaçable, qui se régénère sans cesse. Lorsque sa composition s’altère, de graves conséquences se manifestent rapidement, dans toutes les fonctions de l’organisme. C’est particulièrement vrai lorsqu’il fait défaut, en cas d’anémie, par exemple en raison d’une hémorragie. C’est pourquoi la transfusion sanguine est devenue un moyen thérapeutique important, lorsqu’il faut rapidement remplacer le sang perdu pour restaurer le volume sanguin circulant.
Le rôle capital du sang a été pressenti par nos ancêtres avant que ses fonctions physiologiques soient véritablement connues. C’est pourquoi le sang est chargé d’une tradition symbolique et mythique très riche et très ancienne. Il est l’image fondamentale de la vie, l’élément vital divin qui anime le corps humain. C’est la raison pour laquelle le rouge, la couleur du sang, symbolise la poursuite sans fin de l’existence.
Si le sang, à l'intérieur de l'organisme, est un des symboles de la vie, il devient impur lorsqu'il coule à l'extérieur du corps. Le sang répandu est synonyme de meurtre. Dans la religion juive, la viande ne peut être consommée que kasher, c’est-à-dire après avoir été préalablement vidée du sang de l'animal, sang considéré comme impur. Ce n'est qu'entouré d'un rituel approprié, dans le cadre du sacrifice, que le sang répandu devient pur. Il permet alors de se concilier la divinité, de fertiliser les champs, et d'assurer toutes sortes d'effets bénéfiques ou expiatoires au gré des différentes religions. Le mélange du sang, chez les Indiens d'Amérique du Nord, a un caractère sacré, il scelle l'amitié, l'alliance sacrée et indestructible (93).
La symbolique du sang est donc ambivalente, à la fois bonne et mauvaise, sacrée et sacrilège. Cette ambivalence caractérise d'ailleurs le sacré. Le mot même de sacré en français désigne simultanément ce qui est saint et ce qui est maudit, ambivalence sémantique qui se retrouve dans d'autres langues, comme le latin (sacer) et le grec (hagios). L'ambivalence du sacré est fondée sur un dualisme qui caractérise l'interprétation du monde dans les religions anciennes, dualisme reflété par le langage symbolique. Le dualisme caractérise l'opposition du bien et du mal, du beau et du laid. Ce sont les deux aspects du sacré et de l'ordre cosmique qui caractérisent l'interprétation archaïque de l'ordre du monde.
Le sang sert de nourriture à des êtres surnaturels et maléfiques, comme les vampires, qui peuvent prolonger indéfiniment leur vie pour autant qu’ils s’abreuvent de sang frais. La légende des vampires s’est forgée en Roumanie, suite aux exploits sanguinaires d’un prince du quinzième siècle, Vlad Tepes. Farouche adversaire des envahisseurs turcs, il avait la cruelle habitude d’empaler ses ennemis. Il serait, à sa mort, devenu le premier vampire. L’écrivain anglais Bram Stoker a réactivé la légende par un roman célèbre « Dracula », paru en 1897, qui a connu un immense succès et a été maintes fois adapté à l’écran. Le vampire n’est pas nécessairement un homme. Il peut être une femme fatale, perverse dévoreuse d’hommes. Le terme de « vamp », forgé par la mythologie hollywoodienne, est bel et bien un diminutif de vampire !
L'interdit de la transfusion sanguine, imposé aux adeptes de certaines sectes, se comprend bien, comme une survivance de croyances anciennes, réactualisées par une interprétation réductrice de certains passages de la Bible. Cette interprétation est rendue possible par les nombreux messages, parfois contradictoires, du livre saint. Les fondateurs de sectes excellent dans ce type d'interprétations. Ils le font d’autant plus facilement dans le cas particulier que les auteurs de la Bible ont omis de mentionner, faute de les connaître, les avantages indiscutables de la transfusion sanguine... Retour à la page précédente.
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