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Freud |
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Sigmund Freud est le fondateur de la psychanalyse. Il est né le 6 mai 1856 à Freiberg, en Moravie, dans une famille de commerçants juifs aisés, et il a passé presque toute sa vie à Vienne. C’est relativement tard qu’il s’inscrivit à la faculté de médecine, après s’être intéressé aux idées de Darwin. Intéressé d’abord par la neurologie puis par la neuropathologie, il s’orienta ensuite vers la psychiatrie. Il fit un stage chez Charcot, à Paris où il apprit les techniques de l’hypnose dans le traitement de l’hystérie. De retour à Vienne, il eut une carrière peu conventionnelle : ce n’est pas en travaillant à l’hôpital ou dans un laboratoire, mais c’est en pratiquant la psychiatrie à son cabinet médical qu’il eut les idées très originales dont l’aboutissement fut la psychanalyse. Ses publications devaient lui donner une renommée mondiale. Devenu célèbre, il fut invité à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, où il connut un succès éclatant. Il était en revanche moins apprécié chez lui, à Vienne. Il faut dire que Freud avait un caractère intransigeant : extraordinairement cultivé, il était très sûr de la justesse de ses idées, et il était d’une intégrité morale et scientifique exceptionnelle. C’est peut-être pourquoi il fut en conflit avec les autorités universitaires locales et n’obtint une chaire de professeur extraordinaire à l’université de Vienne qu’à l’âge de 54 ans. En 1938, Freud dut s’exiler en Angleterre, lorsque l’Autriche fut rattachée à l’Allemagne national-socialiste. Il mourut à Londres en 1939 d’une tumeur maligne de la mâchoire, après des souffrances très pénibles qu’il endura avec un courage exemplaire, aidé, disait-il, par les cigares de tabac noir qu’il fumait sans discontinuer.
Sur le plan de l’histoire des idées, la psychanalyse a eu une influence considérable. Elle a vu le jour à une époque d’intense bouillonnement intellectuel dans la mentalité occidentale et il vaut la peine de tenter de la situer dans le contexte de l’époque, pour mieux saisir les causes de son éclosion et les mécanismes de son succès. A la fin du dix-neuvième siècle, le monde occidental était partagé entre plusieurs courants d’idées :
La science, issue de la révolution copernicienne, avait détrôné l’homme de sa position centrale dans l’univers, où le dogme chrétien l’avait placé. Elle l’avait rendu étranger à un monde qui évoluait indépendamment de lui. La science avait connu depuis le début du dix-neuvième siècle un développement sans précédent, concrétisé par des applications technologiques qui étaient entrées de plain pied dans la vie quotidienne de chacun. Elle était toutefois en constante mouvance et, en dépit de ses réalisations impressionnantes, elle ne constituait qu’un moyen de connaissance faillible et très relatif.
C. Darwin (1809-1882) venait de montrer que les êtres vivants sont en continuelle évolution, que l’univers biologique n’est pas une structure parfaite créée de toute pièce par un dieu tout puissant, et que l’homme n’est pas une créature d’exception, aboutissement idéal d’un ordre biologique prédéterminé, mais un simple descendant de la famille des primates. La conscience n’était plus une essence de l’univers, mais une conséquence de l’évolution biologique, une particularité propre à l’espèce humaine.
K. Marx (1818-1883), en s’inspirant de la dialectique de Hegel, avait proposé une explication aux lois qui régissent les sociétés humaines, le matérialisme historique. Selon Marx, l’histoire et les valeurs traditionnelles – philosophiques, religieuses, artistiques – ne sont pas intrinsèques aux différentes cultures mais sont déterminées par des facteurs économiques et politiques, notamment par la lutte des classes sociales.
En philosophie, le rationalisme de R. Descartes (1596-1650), qui avait connu son apothéose au siècle des Lumières, était battu en brèche : des philosophes, comme J. Locke (1632-1704), puis D. Hume (1711-1776), avaient commencé de douter du pur rationalisme cartésien et l’avaient nuancé d’un empirisme sceptique. E. Kant (1724-1804) était allé plus loin, en décrivant comment la connaissance est nécessairement imparfaite, parce que liée au fonctionnement – lui aussi imparfait – de l’esprit : ainsi, du point de vue philosophique, la connaissance ne pouvait plus être considérée comme le miroir de la réalité.
F. Hegel (1770-1831), par une démarche de caractère encyclopédique, avait tenté de concilier la science et la philosophie en proposant une interprétation globale de toutes les données de l’expérience. Comme ces données sont en continuelles mouvance, comme chaque donnée a son contraire, Hegel substitue à la logique traditionnelle une dialectique dynamique, qui permet de concilier les contradictions, et de comprendre la mouvance – le « continuel devenir » du réel. Pour Hegel, ce devenir ne prend pas sa source dans la nature, mais dans la pensée, plus précisément dans la raison, où se constitue ce qu’il nomme l’idée pure. Contrairement à Kant, qui considère que l’imperfection de l’esprit est la cause de la connaissance imparfaite, Hegel considère que la dialectique permet à l’esprit philosophique la connaissance absolue. Cette vision métaphysique de la connaissance s’est retrouvée plus tard, avec moins d’originalité, moins de rigueur et davantage d’arbitraire chez d’autres philosophes d’orientation scientifique, tels que H. Bergson (1859-1941), P. Teilhard de Chardin (1881-1955). Elle n’a pas résisté au temps – en fait au développement des connaissances scientifiques – et ne fait plus partie aujourd’hui que de l’histoire de la philosophie.
Le romantisme, né au début du dix-neuvième siècle a certainement touché une beaucoup plus large frange de la population, par l’influence qu’il a eue sur de nombreux écrivains, poètes, musiciens, artistes. Il rejetait la vision rationnelle du monde extérieur et s’attachait à la manière émotionnelle et imaginative dont l’âme humaine le perçoit. Au lieu de disséquer la nature et de l’analyser, l’esprit la recrée à sa manière, à l’aune des sentiments qu’elle suscite en lui. Par extension, le romantisme donne du monde une vision unitaire et non celle d’une machine complexe qui doit être analysée. Le romantisme préconise une introspection qui vise à analyser les mystères de l’âme humaine, ses émotions, ses aspirations, ses passions, ses rêves.
Dans un monde tiraillé entre des tendances si diverses, aussi dépourvu de valeurs stables, il était bien compréhensible que voie le jour une réflexion sur l’homme et sur sa pensée, une sorte de continuation de la démarche kantienne. C’est alors qu’est entrée en scène l’école psychanalytique. Pourtant, héritière du romantisme, la psychanalyse a apporté une vision nouvelle de la pensée. Ce n’était pas la pensée rationnelle rêvée par les philosophes. C’était bien plus une pensée irrationnelle, faite d’émotions, de pulsions et de tous les sentiments troubles de l’inconscient individuel et collectif. Rendue crédible par les observations cliniques de Freud, cette nouvelle manière d’analyser la pensée ne pouvait que convenir à l’état d’esprit romantique.
Ainsi, par les intuitions visionnaires qu’il a eues, notamment celle de l’inconscient, Freud a exercé une influence considérable sur les mouvements d’idées du vingtième siècle. Même si l’interprétation qui en est donnée aujourd’hui est différente [Émotions], l’inconscient décrit par Freud, mu par des forces irrationnelles – émotions, pulsions, instinct sexuel et autres – montrait que l’esprit humain ne fonctionne pas seulement de manière rationnelle. Il est au contraire soumis à de puissantes forces émotionnelles inconscientes, qui lui sont inhérentes et influencent aussi bien la pensée que le comportement de l’être humain, suscitant des réactions irrationnelles, imprévisibles et mal contrôlables.
On peut dire que Freud a sonné le glas de la vision cartésienne de l’esprit. Il a montré que l’esprit humain est complexe et que le rationalisme n’en est qu’une facette. Sans le savoir, il a porté un grand coup à la validité de la démarche philosophique pure, en particulier de la métaphysique, en mettant en doute les bases du fonctionnement de l’esprit. Retour à la page précédente.
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